Lettre Ouverte de Justin Howard-Sneyd aux vignerons du Roussillon – 13 février 2026 à Trilla

February 26, 2026, in Articles & Blogs
France
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Voici la transcription du discours que Justin Howard-Sneyd a prononcé lors de la rencontre entre vignerons organisée par André Dominé à Trilla le 13 février dernier. Il s’adresse aux vignerons de la région du Roussillon, mais le message peut être transposé dans toutes les régions où la viticulture doit composer avec les aléas climatiques et les réalités économiques.

Bienvenue,

Je m’appelle Justin Howard-Sneyd. Je suis Master of Wine, consultant et ancien acheteur. J’accompagne aujourd’hui mes clients sur les aspects commerciaux du vin.

Je viens dans le Roussillon depuis 24 ans. Il y a 22 ans, après être tombé amoureux de la région de Maury, j’ai acheté un vignoble dans la Coume de Roy, entre Maury et Rasiguères. Depuis, nous avons ajouté deux parcelles et produisons un vin commercialisé au Royaume-Uni. D’abord avec l’aide de Richard et Sarah Case à Maury, puis, depuis 2012, au Château Saint-Roch avec l’équipe du Domaine Lafage.

Depuis cinq ans, je collabore avec la Regenerative Viticulture Foundation afin de promouvoir l’importance de la vie des sols et l’utilisation de leur biologie pour favoriser l’autofertilité des vignes.

Je n’étais pas expert à nos débuts, et je ne le suis toujours pas. Personne ne l’est vraiment d’ailleurs. La science des sols est encore relativement récente et il nous reste énormément à apprendre.

Au Domaine of the Bee, à part le non labour du sol, nous ne mettons pas encore en œuvre beaucoup de pratiques régénératives. J’aimerais aller plus loin, mais nous devons réfléchir à la meilleure marche à suivre en tenant compte de nos faibles rendements et du manque de moyens pour investir dans un travail manuel plus conséquent.

Si je suis ici aujourd’hui, c’est avant tout pour rencontrer davantage de voisins et voir comment nous pourrions nous entraider.

Je me réjouis que Jean-Marc Lafage ait lui aussi découvert les principes de l’agriculture régénérative et qu’il soit, comme moi, sensible à leurs fondements scientifiques. Il partagera tout à l’heure des éléments très intéressants.

Nous entendrons également Jessica Villat, qui présentera plusieurs principes clés de l’agriculture  régénérative. D’autres intervenants partageront leur expérience tout au long de la journée, et nous aurons ensuite l’occasion d’échanger en petits groupes.

Celles et ceux qui souhaitent réfléchir ensemble à la manière dont nous pourrions collaborer pour améliorer la situation du Roussillon sont invités à rester en fin de journée afin de contribuer à l’élaboration d’un plan commun.

Avant de poursuivre le programme, j’aimerais partager quelques réflexions sur notre situation actuelle.

Nous traversons une période extrêmement difficile.

Pour le Roussillon.
Pour le vin dans le monde.
Et pour la planète.

Les défis auxquels nous sommes confrontés ne concernent pas seulement nos méthodes de travail, nos outils ou les couverts végétaux que nous pourrions semer. Ils touchent aussi à la santé physique et mentale de nos familles, à la résilience et à la solidarité de nos communautés, ainsi qu’à la santé économique et environnementale de notre région.

Et, plus largement, à la survie de l’humanité sur cette planète.

Malgré le découragement que peut susciter l’état du monde, mon expérience récente m’a appris que la seule chose sur laquelle nous avons un véritable contrôle, ce sont nos choix.

Face aux désordres de la politique mondiale, l’avenir de notre planète reposera sur de petites communautés locales capables d’agir ensemble dans l’intérêt de leur territoire.

En tant qu’étranger en France, j’ai observé que chacun a son cercle, ses habitudes, son réseau. Nous pouvons travailler à quelques kilomètres les uns des autres sans vraiment nous connaître.

Il en va de même pour les vignerons : chacun avance à sa manière. Certains voisins suivent des pratiques proches des nôtres, d’autres ont choisi un chemin différent.

Et pourtant, nous communiquons très peu.

S’il y avait un message à retenir aujourd’hui, ce serait celui-ci : malgré nos désaccords parfois profonds – sur l’eau, le cuivre, les fongicides systémiques ou le coût des certifications – nous faisons tous face aux mêmes défis.

Nos chemins peuvent diverger, mais ils avancent dans la même direction.Des obstacles se dressent devant nous, et la seule manière de les franchir est d’emprunter le même pont : celui de pratiques durables qui nous permettront de cultiver cette terre pendant des siècles.

Nous savons que les produits chimiques ne constituent pas une solution durable à long terme.

Nous savons que la fertilité doit être produite sur nos propres terres, grâce aux micro-organismes, plutôt que dépendre d’intrants extérieurs, qu’ils soient synthétiques ou organiques.

Nous savons que chaque goutte d’eau compte.

Nous pouvons apprendre les uns des autres. Nous entraider. Partager nos connaissances, notre matériel, acheter ensemble des semences, du compost ou des matériaux de clôture.

La Regenerative Viticulture Foundation a pour vocation de porter ce message. Nous ne faisons que commencer notre communication en français, et nous souhaitons mobiliser les vignerons de toute la France afin qu’ils collaborent, visitent leurs exploitations respectives, partagent leurs expériences et recréent un véritable sentiment d’espoir et de solidarité.

Linework background of crops

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